La trésorerie des entreprises s’améliore : prudence en 2026
En 2026, la trésorerie des entreprises françaises montre des signes d’amélioration, mais le tableau reste contrasté. Les grandes entreprises et les ETI résistent mieux, tandis que les PME et les TPE avancent avec prudence, dans un environnement encore marqué par les délais de paiement, les coûts de financement et des défaillances qui restent élevées.
En résumé :
Amélioration visible mais partielle de la trésorerie en 2026, je vous recommande d’adapter le pilotage pour préserver votre capacité d’investissement et limiter les risques de tension.
- Mettez à jour vos prévisions de trésorerie de manière hebdomadaire et testez au moins trois scénarios sur 3 mois (pessimiste, central, optimiste) pour anticiper les ruptures de liquidité.
- Accélérez les encaissements : généralisez la facturation électronique, suivez le DSO et structurez les relances clients pour réduire l’impact de l’allongement des délais de paiement.
- Sécurisez des lignes de crédit et dispositifs de financement court terme (crédit de trésorerie, affacturage), en particulier si vous vous situez dans le segment où l’accès au crédit reste tendu (22 % des ETI déclarent des difficultés).
- Contrôlez le coût du financement : renégociez conditions bancaires, priorisez les solutions flexibles et limitez les engagements long terme si la visibilité reste faible.
- Surveillez trois indicateurs clés : solde prévisionnel, DSO et jours de trésorerie disponible. Conservez le contexte en tête (+8,1 % pour grandes entreprises, 33 % des PME/TPE en tension, 17 486 défaillances au 2e trimestre 2026) pour calibrer vos actions.
Analyse de la situation de trésorerie en 2026
Les dernières enquêtes confirment un redressement partiel de la trésorerie des entreprises françaises en 2026. Cette amélioration ne signifie pas pour autant un retour à un niveau confortable pour tous les acteurs. Les écarts restent nets selon la taille des entreprises, avec une meilleure tenue du côté des grandes structures et une situation plus heurtée pour les petites.
En septembre 2026, l’enquête AFTE, METI et Rexecode met en avant la « bonne résistance » des trésoreries des grandes entreprises et des ETI. Le signal est réel, mais il doit être lu avec prudence, car il s’inscrit dans un contexte où les tensions de financement n’ont pas disparu et où les anticipations restent modestes.
Le mois de février 2026 illustre cette amélioration. Le solde positif sur l’évolution de la trésorerie des grandes entreprises et des ETI atteint +8,1 %, soit une progression de 17 points en un mois. Ce niveau se situe nettement au-dessus de la moyenne historique, ce qui confirme un rebond ponctuel plus qu’une rupture durable.
Du côté des ETI, l’année 2025 avait déjà apporté une légère amélioration, sans véritable retour à l’aise. Pour 2026, les anticipations restent même plus prudentes, avec un solde prévisionnel à -12, inférieur à la moyenne de long terme fixée à -4. Autrement dit, les dirigeants d’ETI n’attendent pas de redressement généralisé cette année.
Cette fragilité ressort aussi dans les chiffres de défaillances. Au deuxième trimestre 2026, 17 486 défaillances d’entreprises ont été enregistrées, en hausse de 5,4 % sur un an. Le rythme de progression décélère, mais le niveau reste élevé et pèse sur le climat financier général.
Trésorerie des PME et TPE : progrès timides et vigilance
La situation des PME et des TPE évolue plus lentement. Selon l’enquête Bpifrance Le Lab, Rexecode, menée auprès de plus de 4 000 entreprises, la santé des trésoreries reste très dépendante de la taille et du secteur. En 2026, la reprise est donc visible, mais elle demeure incomplète.
Au premier trimestre 2026, 33 % des PME et TPE jugent leur trésorerie difficile. Le chiffre recule de 2 points sur le trimestre et reste stable sur un an. Cela montre une légère détente, sans effacer la pression ressentie par une part encore importante des dirigeants.
Pour aller plus loin, consultez nos méthodes pour optimiser la gestion de trésorerie des TPE et PME.
Les perspectives à trois mois s’améliorent un peu, mais le solde d’opinion reste à -19, encore sous la moyenne historique de -15 sur la période 2018-2025. Le signal est clair, les dirigeants entrevoient moins de dégradation immédiate, mais ils ne retrouvent pas encore une vraie visibilité.
Fin 2025, 30 % des PME et TPE jugeaient déjà leur trésorerie difficile, soit une hausse de 3 points en six mois. Ce niveau reste proche de la moyenne de long terme, estimée à 29 %, ce qui confirme une tension installée plutôt qu’un choc ponctuel.
L’indicateur de trésorerie ressort alors à -17 sur le semestre, sous sa moyenne historique. En pratique, cela signifie que les marges de sécurité restent étroites et que la moindre variation de charges, de facturation ou d’encaissement peut remettre l’équilibre sous pression. La reprise de trésorerie n’efface pas les risques de tension.
Facteurs d’amélioration et sources de tension
Le léger redressement observé en 2026 s’explique par plusieurs éléments techniques. Les grandes entreprises et les ETI ont notamment bénéficié d’effets de change favorables en février 2026, ce qui a soutenu leurs encaissements et amélioré temporairement leur position de trésorerie.
Sur le front du financement, les PME n’ont pas connu de choc majeur au deuxième trimestre 2026. Les demandes de crédits de trésorerie restent stables à 6 %. En revanche, la pression remonte pour les ETI, ce qui confirme que les besoins de liquidité ne sont pas cantonnés aux plus petites structures.

Un autre facteur de souplesse apparaît du côté des micro-entreprises, avec l’augmentation en 2026 des seuils et plafonds de chiffre d’affaires. Cette évolution donne davantage d’espace à certains indépendants et petites structures, même si elle ne règle pas à elle seule les difficultés de fond liées aux encaissements et au financement.
En face, les sources de tension restent nombreuses. La Banque de France a signalé en mars 2026 un allongement des délais de paiement clients, phénomène qui retarde les rentrées de cash et désorganise la gestion quotidienne. Pour une entreprise, ce type de décalage suffit parfois à fragiliser un budget pourtant équilibré sur le papier.
Le financement devient aussi plus coûteux. Dans l’enquête AFTE, Rexecode et METI, deux tiers des trésoriers disent constater une hausse des coûts d’accès au financement. Ce point pèse directement sur la capacité à arbitrer entre investissement, stock, embauche et réserve de liquidité.
Chez les ETI, 22 % des entreprises déclarent toujours rencontrer des difficultés d’accès au crédit de trésorerie. Le chiffre reste stable sur un an, ce qui montre que le marché du financement court terme demeure sélectif. À cela s’ajoute une croissance économique prévue à 1,0 % en 2026, soit un rythme trop faible pour créer un vrai appel d’air durable.
Le tableau ci-dessous résume les principaux indicateurs à surveiller en 2026.
| Indicateur | Niveau observé | Lecture |
|---|---|---|
| Trésorerie grandes entreprises et ETI | +8,1 % en février 2026 | Rebond net, supérieur à la moyenne historique |
| PME et TPE jugeant leur trésorerie difficile | 33 % au 1er trimestre 2026 | Tension encore forte, malgré une légère détente |
| Solde prévisionnel ETI pour 2026 | -12 | Pas d’amélioration attendue |
| Défaillances d’entreprises | 17 486 au 2e trimestre 2026 | Hausse annuelle toujours présente |
| Accès au crédit de trésorerie des ETI | 22 % en difficulté | Signal de vigilance sur le financement court terme |
Tendances en matière d’investissement et adaptation au nouveau contexte
Malgré des trésoreries encore fragiles, les intentions d’investissement repartent à la hausse. Selon Bpifrance, 45 % des dirigeants de PME et TPE prévoient d’investir en 2026, contre 39 % fin 2025. Ce rebond est intéressant, car il montre que les entreprises ne se placent pas uniquement en mode défensif.
Le baromètre Bpifrance Le Lab, Rexecode s’appuie sur une base solide, avec 4 102 PME et TPE interrogées, puis une actualisation auprès de plus de 4 175 dirigeants. Ce volume donne du poids aux tendances observées, tout en rappelant que les comportements varient selon les secteurs et la taille des entreprises.
Un autre changement structurel accompagne ces évolutions, la généralisation de la facturation électronique. Dans l’enquête de septembre 2026, 91 % des entreprises interrogées se disent prêtes à l’adopter. Cette transition peut améliorer la visibilité sur les factures, accélérer certains traitements et, à terme, mieux piloter les flux de trésorerie.
Mais l’investissement repart dans un climat d’incertitude. Les dirigeants doivent composer avec des ressources encore contraintes, des arbitrages de plus en plus fins et des besoins de sécurité plus élevés. En clair, investir oui, mais sans relâcher la discipline de gestion.
Le contexte sectoriel ajoute une couche de complexité. Certains secteurs, comme les services aux collectivités, restent plus exposés et attentistes selon les perspectives des marchés cotés 2026. Cela confirme qu’il n’existe pas une seule tendance de trésorerie, mais plusieurs réalités selon l’activité, le cycle commercial et le niveau d’endettement.
Principaux points de vigilance pour 2026
Pour 2026, le bon réflexe consiste à conserver une lecture prudente de la situation. La trésorerie s’améliore par endroits, mais les risques de tension restent bien présents, notamment à cause des coûts de financement et des délais de paiement. Le redressement reste partiel, sectorisé et encore réversible.
Les anticipations des ETI montrent d’ailleurs qu’un retour à une dynamique franchement favorable n’est pas attendu cette année. De leur côté, les dirigeants de TPE et de PME restent réservés, ce qui confirme que la détente observée ne doit pas être interprétée comme un changement de régime.
Les banques suivent elles aussi cette évolution de près. Elles ajustent leurs conditions de crédit selon le profil de l’entreprise, sa capacité à générer du cash et son niveau de dynamisme commercial. Pour les dirigeants, cela impose de garder une trésorerie prévisionnelle à jour et de surveiller chaque ligne de besoin de financement. Des outils pour piloter la trésorerie peuvent aider à tenir ces prévisions.
En 2026, la bonne lecture consiste donc à distinguer l’amélioration ponctuelle de la solidité durable. Les signaux sont un peu meilleurs, mais la gestion de trésorerie reste un exercice de vigilance, de prévision et d’arbitrage fin.
