Achats publics hors marché : règles du Code pour dépenses < 60 000 €
Les achats publics de faible montant bénéficient d’un régime allégé qui permet, dans certains cas, de passer un marché sans publicité ni mise en concurrence préalable. Ce cadre, prévu par le Code de la commande publique, vise à simplifier la vie des acheteurs tout en gardant des repères clairs sur les seuils à respecter et les justificatifs à conserver.
En résumé :
Je vous indique qu’à compter du 1er avril 2026, les fournitures et services inférieurs à 60 000 € HT et les travaux inférieurs à 100 000 € HT peuvent être conclus sans publicité, ce qui accélère vos achats si vous conservez des justificatifs et respectez les règles de transparence.
- Vérifier la valeur estimée HT avant toute décision et appliquer le seuil de 60 000 € HT pour les fournitures et services à partir du 1er avril 2026.
- Conserver une trace écrite (note interne, devis, courriels) pour documenter le choix et prévenir les contestations.
- Comparer au moins deux ou trois offres quand c’est possible pour améliorer le rapport qualité prix et justifier la décision.
- Apprécier chaque lot séparément et vérifier que l’allotissement ne remet pas en cause l’usage du régime sous seuil.
- Maintenir la liberté d’accès, l’égalité de traitement et la transparence même en l’absence de procédure formalisée.
Les seuils applicables pour les achats publics hors marché selon le Code de la commande publique
Le premier réflexe consiste à distinguer les seuils par catégorie de besoin. En matière de fournitures et services, le relèvement intervenu au 1er avril 2026 fixe désormais la dispense à 60 000 € HT selon l’article R. 2122-8 du Code de la commande publique, issu du décret n° 2025-1386.
Pour les travaux, le seuil reste différent, avec une limite de 100 000 € HT. Dans tous les cas, les montants se comprennent en hors taxes et à partir de la valeur estimée du besoin, et non du montant final payé après exécution.
L’ancien seuil de 40 000 € HT pour les fournitures et services ne doit plus être retenu après cette date. Il a été remplacé par une logique plus souple, pensée pour accélérer les achats courants de faible montant.
Il ne faut pas confondre ces seuils avec les seuils européens, qui relèvent d’une autre logique. Par exemple, certains marchés de fournitures et services atteignent des niveaux bien plus élevés, comme 143 000 € HT pour les pouvoirs adjudicateurs centraux. Ces seuils concernent la procédure formalisée, pas le régime dérogatoire traité ici.
| Catégorie de besoin | Seuil de dispense | Base de calcul | Date d’application |
|---|---|---|---|
| Fournitures et services | 60 000 € HT | Valeur estimée du besoin | À partir du 1er avril 2026 |
| Travaux | 100 000 € HT | Valeur estimée du besoin | Régime applicable selon le Code |
Comment fonctionne la dispense de publicité et de mise en concurrence sous 60 000 € HT ?
Le principe est simple, lorsque la valeur estimée d’un besoin de fournitures ou de services est inférieure à 60 000 € HT, l’acheteur public peut conclure le marché sans publicité ni mise en concurrence préalables. C’est une faculté, pas une obligation de s’en affranchir systématiquement.
Cette souplesse s’applique aussi à certains lots, à condition de raisonner correctement sur leur valeur estimée et de respecter les règles du code, notamment celles liées à l’allotissement. Pour les travaux, le régime allégé vaut lorsque le besoin est inférieur à 100 000 € HT.
Le relèvement du seuil pour les fournitures et services prend effet au 1er avril 2026. Avant cette date, l’ancien plafond de 40 000 € HT a pu servir de référence, mais il n’a plus vocation à être appliqué après l’entrée en vigueur du nouveau texte.
Dans la vie quotidienne d’un acheteur, ce régime concerne par exemple des fournitures de bureau, des prestations informatiques mineures, des petits travaux d’entretien ou encore des interventions ponctuelles de faible montant. Il s’agit d’achats courts, récurrents, et peu structurants.
Les bonnes pratiques et les obligations malgré la simplification
La suppression de la publicité et de la mise en concurrence ne supprime pas les grands principes de la commande publique. Même sous seuil, l’acheteur reste tenu par la liberté d’accès à la commande publique, l’égalité de traitement et la transparence des procédures.
En pratique, je recommande de garder une trace du raisonnement suivi. Il est utile de conserver une note interne, un devis, un échange de courriels ou tout élément permettant de justifier le choix du fournisseur ou du prestataire. Cette documentation limite le risque de contestation et réduit la suspicion de favoritisme.

Mettre plusieurs fournisseurs en concurrence sur une base volontaire reste possible, et souvent pertinent. Même lorsque le code n’impose pas de procédure formalisée, comparer quelques offres améliore la lisibilité du choix, la maîtrise des coûts et la sécurité de l’achat.
Pour les marchés composés de plusieurs lots, chaque lot doit être apprécié séparément, tout en tenant compte des règles du code sur l’allotissement. Le point de vigilance n’est donc pas seulement le montant d’un lot isolé, mais aussi la manière dont l’opération est structurée.
Voici un aperçu des réflexes à garder en tête lorsque vous achetez sous seuil :
- vérifier la valeur estimée HT du besoin avant toute décision ;
- conserver une trace écrite du choix retenu ;
- préserver une forme de comparaison des offres quand c’est possible ;
- contrôler la cohérence entre le lot et l’opération globale ;
- respecter les grands principes du Code, même sans publicité.
À qui s’adresse le régime ? Achats et segments concernés
Ce dispositif concerne en priorité les collectivités territoriales, les établissements publics et, plus largement, tous les acheteurs soumis au Code de la commande publique. Il a été conçu pour répondre aux besoins du quotidien, là où la lourdeur procédurale serait disproportionnée par rapport au montant engagé.
Les segments visés sont donc les achats de faible valeur, qu’il s’agisse de fournitures, de services ou de petits travaux. Le texte cherche à fluidifier l’acte d’achat et à réduire les délais pour les opérations simples, sans faire basculer l’acheteur hors du cadre juridique.
Concrètement, ce mécanisme permet d’agir plus vite sur les dépenses courantes, tout en gardant un minimum de discipline interne. Pour une collectivité, un établissement public ou une structure soumise au code, le gain principal tient à la réactivité et à la simplicité de traitement.
Points de vigilance et erreurs courantes à éviter
La première erreur consiste à confondre le seuil de dispense de publicité et de mise en concurrence avec les seuils européens. Les seconds sont beaucoup plus élevés et déclenchent des procédures formalisées. Ils ne doivent pas être utilisés pour apprécier un achat de faible montant.
Deuxième point, la date d’application. Le seuil de 60 000 € HT pour les fournitures et services ne s’applique qu’à compter du 1er avril 2026. Avant cette échéance, il ne faut pas mélanger les régimes.
Troisième vigilance, le calcul doit toujours être fait en HT. Un raisonnement en TTC fausse l’analyse et peut conduire à une mauvaise qualification du marché. Le montant doit aussi être apprécié au regard de la valeur estimée du besoin, pas seulement du devis retenu.
Quatrième erreur fréquente, appliquer le seuil de 60 000 € HT aux travaux. Cette catégorie obéit à une règle distincte, avec un plafond de 100 000 € HT. Cinquième point, les lots. Si un lot semble sous le seuil mais que l’opération globale soulève une question d’allotissement, il faut relire le code avec attention.
Enfin, la simplification ne doit jamais faire oublier les principes de base. Une trace de la décision, une logique de choix cohérente et une comparaison, même légère, permettent d’acheter plus sereinement et de sécuriser le dossier.
En résumé, le régime sous seuil offre une vraie souplesse aux acheteurs publics, à condition de bien distinguer les catégories de besoins, les dates d’entrée en vigueur et les montants HT.
